CIO de l'université de Salisbury (Maryland)
Les comportements de nos sociétés ont une incidence directe sur l'évolution des technologies de l'information. Les chercheurs nous apprennent que les consommateurs produisent chaque année des centaines d'exaoctets d'informations sous forme de contenus audio, vidéo et de photos. Les jeunes et moins de 35 ans sont l'un des moteurs de cette explosion multimédia : ils sollicitent les infrastructures d'informations comme jamais encore, et cette tendance n'est pas prêt de ralentir.
L'utilisation intensive des contenus multimédias dans l'enseignement supérieur est très représentatif des défis à venir pour les directeurs informatiques des entreprises. Aujourd'hui, les étudiants travaillent dans un environnement où ils sont habitués à produire et à utiliser des contenus multimédias très gourmands en ressources, et une fois diplômés, ils continueront à créer ces types de contenu et à les utiliser.
À Salisbury, l'adoption par les étudiants de tous ces nouveaux moyens de communication, des podcasts à YouTube, a changé la manière dont mon équipe s'occupe d'eux, et nous oblige à repenser notre infrastructure.
Accroître le débit de notre connexion Internet
En règle générale, les fichiers multimédias sont très volumineux, ils peuvent donc monopoliser une grande partie des ressources réseau. Du coup, le trafic ralentit au point de connexion Internet, mais le réseau interne peut également être affecté. Les types de fichier se sont multipliés et l'utilisation d'Internet a beaucoup augmenté ces dernières années. Nous avons donc dû augmenter le débit de notre connexion Internet. En l'an 2000, nous disposions de deux lignes T1 pour établir la connexion (3 Mo au total). Aujourd'hui, nous avons deux lignes OC-3 (310 Mo), soit une augmentation de plus de 10 000 %. La restructuration de l'architecture réseau est en cours. Nous souhaitons pouvoir ainsi offrir un accès Internet aussi ouvert que possible, tout en protégeant nos bases de données.
Pour contrôler le réseau, nous avons installé un outil de hiérarchisation des paquets pour limiter le trafic de certains formats. Nous pouvons fixer des seuils très bas sur ce type de trafic, afin d'éviter qu'il n'envahisse le réseau. La manœuvre a bien fonctionné, mais l'environnement continue de se modifier. Avec l'arrivée des contenus Web 2.0, nous pouvons envisager des utilisations autorisées, à visée pédagogique, de ce type de média.
Par conséquent, nous devons utiliser de nouveaux outils pour distinguer les types de média à privilégier des autres. Nous testons également des outils qui nous permettront de surveiller les fichiers transitant sur le réseau et de déterminer comment le réseau est utilisé à un niveau plus granulaire. Cela nous permettra de proposer le niveau de service approprié selon les besoins, dans les salles de cours par exemple. Nous pourrons aussi parer les attaques et autres intrusions capables de dégrader les performances.
Nous prévoyons que dans un avenir proche, le rythme devrait encore s'accélérer. L'université privilégie les programmes et équipements interdisciplinaires, qui produisent des volumes sans précédent de contenus multimédias. Les cursus classiques comportaient trois ou quatre heures de cours par semaine. Aujourd'hui, de nombreux cours, pas moins de 500 au dernier semestre, incluent des éléments Web qui obligent les étudiants à consacrer une à deux heures supplémentaires après leurs deux heures de classe, pour consulter les contenus numériques complémentaires disponibles sur le réseau de l'université : documents audio, présentations Web ou vidéos interactives.
Transformer nos environnements d'enseignement
L'organisation de nos salles de cours s'est donc modifiée pour s'adapter à l'utilisation massive des contenus multimédias. En 1998, l'université de Salisbury ne disposait que de quatre salles de cours multimédia avec connexion Internet et systèmes de projection en réseau. Aujourd'hui, le campus compte plus de 120 salles équipées, et les nouveux bâtiments sont dores et déjà équipés.
Quat à l'enseignement à distance, il rencontre un succès grandissant, avec ce que cela suppose de téléconférences sur IP. Avec l'aide d'Alcatel, nous testons la visioconférence synchrone et asynchrone pour les enseignants qui mettent des présentations en ligne.
La prise en charge des contenus produits dans les sections artistiques a été plus difficile pour nous. Les créations imaginées et utilisées par les étudiants en arts peuvent être destinées à un film numérique, des sites Web, des DVD, des CD, etc. Les apprentis réalisateurs écrivent, mettent en scène et réalisent des productions vidéo complètes sur le campus. Les étudiants de la section musique composent des œuvres et les intègrent par procédé numérique.
Pour répondre à ces demandes, nous contruisons une infrastructure d'informations digne des sudios d'Hollywood. D'ici 2008, l'université de Salisbury aura été dotée d'un centre multimédia intégré de près de 2 000 m², comprenant un studio vidéo haute définition de 300 m², un studio d'enregistrement, des salles de montage vidéo et audio, un labo d'intégration numérique, un autre de photographie numérique, une galerie d'art électronique et des salles de cours multimédias où les étudiants pourront travailler avec les contenus.
Ce nouveau centre fera la part belle à la collaboration technologique pour permettre aux étudiants comme aux enseignants des différentes filières de travailler ensemble sur des projets impliquant des contenus multimédias. Les étudiants des sections arts plastiques, musique, production vidéo, théâtre, danse et des filères généralistes pourront appliquer la théorie et les principes de leurs disciplines pour développer des produits multimédias très variés.
Cette transition vers l'utilisation de contenus multimédias intégrés et issus de la collaboration constitue un défi protéiforme que nous sommes heureux de relever. Après tout, je suis un enseignant avant d'être un expert en technologie. Les contenus multimédia occupant une place grandissante dans toutes les disciplines, les compétences acquises à les utiliser seront un atout indiscutablement précieux pour nos futurs diplômés, dans pratiquement tous les domaines. Par exemple, ceux qui voudront s'orienter vers la biotechnologie ou les technologies de l'information seront mieux préparés à exploiter le monde en perpétuelle mutation des contenus multimédias.
Les conséquences sont importantes pour le département informatique. Nos futurs médecins, avocats et professionnels de la création devront utiliser au quotidien ces ressources multimédias. Nous devons dont disposer du personnel et des budgets nécessaires pour prévoir les infrastructures d'information de la génération à venir et les proposer dès aujourd'hui.
Alors que les entreprises découvrent les avantages d'une communication basée sur la vidéo, la gestion des médias prend des allures de défi. Scott Kirsner se penche sur ce nouveau phénomène lié à l'infrastructure.
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