Il aura fallu plusieurs décennies avant que l’on puisse seulement imaginer que l’informatique – cette technologie « propre » – n’était pas totalement anodine pour l’environnement et l’avenir de la planète. Aujourd’hui, l’explosion du prix du pétrole et son impact sur la facture énergétique accélèrent considérablement la mobilisation en faveur d’une informatique moins consommatrice d’énergie et à même d’aider l’humanité à préserver son milieu de vie et celui des générations futures.
La crise énergétique qui sévit depuis plusieurs années dans de hauts lieux technologiques – comme la légendaire Silicon Valley aux États-Unis ou le désormais célèbre plateau de Bangalore en Inde – n’a pas que des inconvénients : elle a poussé les leaders technologiques, confrontés à des fournisseurs d’énergie incapables de répondre à leurs besoins et à des clients voyant leur facture d’électricité monter en flèche, à se pencher de plus près sur la question de l’efficacité énergétique de leurs infrastructures d’information et de leurs propres produits. Et, même si les bénéfices sont quelque peu occultés par la hausse mondiale du prix de l’électricité ou d’autres matières premières, des progrès spectaculaires ont été réalisés dans ce domaine.
NE PAS SE TROMPER DE COMBAT !
De plus, comme le rappelle très utilement une étude de l’ACEEE (American Council for an Energy-Efficient Economy)*, le développement et la large diffusion des technologies d’information et de communication ont largement contribué à réduire la consommation d’énergie des pays développés ainsi que le poids de l’énergie dans la production de valeur. Ainsi, pour créer un dollar de richesse économique, il faut aujourd’hui deux fois moins d’énergie qu’en 1970 et chaque kilowattheure supplémentaire demandé par les technologies d’information et de communication permettrait à l’économie américaine de multiplier par dix ses économies d’énergie ! En présentant ces résultats, l’ACEEE ne dit pas pour autant que laisser toujours plus de machines consommer toujours plus d’énergie serait un bienfait économique ! Loin de là. Cette puissante organisation invite au contraire l’ensemble des acteurs des hautes technologies – fournisseurs de composants et constructeurs, mais aussi éditeurs de logiciels – à poursuivre leurs efforts dans deux directions : renforcer l’efficacité énergétique de leurs produits et continuer à réduire leur consommation globale.
TROIS ORIENTATIONS PRIORITAIRES POUR LES DATA CENTERS
Au sein des entreprises, le taux moyen d’utilisation des serveurs oscille entre 5% et 15% et celui du stockage entre 20% et 40% (hors configuration en réseau). Cela signifie que les entreprises achètent de l’énergie pour faire fonctionner des data centers à 100% de leur capacité alors que seulement 10 à 15% de cette capacité est réellement utilisée. De même, 70% des informations que les entreprises accumulent dans leurs systèmes ne sont jamais ou très rarement utilisées. Au vu de tels chiffres, on comprend que les entreprises doivent minimiser l’impact de la croissance exponentielle des informations en recherchant une plus grande efficacité et une productivité accrue. Trois types d’initiatives, servies par des technologies matures, peuvent les aider à atteindre rapidement cet objectif :
• Virtualiser et consolider les serveurs et le stockage – Ces deux approches très liées favorisent la réduction de la consommation d’énergie dans les data centers où, au fil de temps, ont été installés de plus en plus de systèmes pour répondre aux besoins de performance, de disponibilité et de sécurité des applications, sans se préoccuper jusqu’ici des coûts d’alimentation et de régulation thermique. En rendant la logique logicielle indépendante des machines physiques, la virtualisation permet de faire tourner plusieurs systèmes d’exploitation et applications sur un même serveur : on limite ainsi le nombre de serveurs à acheter, alimenter et maintenir. De même, la mise en réseau du stockage permet à de multiples serveurs de partager un même système de stockage et de désencombrer les disques de serveurs.
• Gérer le cycle de vie des informations (ILM) – Cette approche, consistant à stocker les informations en fonction de l’évolution de leur valeur pour l’entreprise, permet de réserver les systèmes et sous-systèmes de stockage sur disques les plus performants et les plus gourmands en énergie aux données les plus critiques à l’instant « t ». Quand une information perd de sa valeur ou de sa criticité, elle est déplacée automatiquement par un logiciel vers des systèmes ou des disques moins performants mais aussi moins gourmands. Des innovations récentes contribuent également à réduire le nombre de machines et l’espace occupé dans les salles informatiques : la mise sur le marché de disques économiques plus capacitifs (par exemple SATA de 1 To) et la possibilité de mixer différents types de disques pour disposer de plusieurs niveaux de stockage dans une même baie.
• Dédupliquer les informations – Des avancées technologiques récentes facilitent l’élimination des multiples copies d’une même information qui encombrent les disques des systèmes, allongent inutilement la durée des sauvegardes et dévorent la bande passante disponible. Avec une technologie de déduplication de données à la source (sur les serveurs) ou sur la cible de stockage (librairies de bandes virtuelles par exemple), la première sauvegarde ne représente plus que 35% de la volumétrie résidant sur le serveur à sauvegarder, et les suivantes seulement entre 0,3% et 3%, selon les types d’applications !
UN DÉFI QUI CONCERNE TOUT LE MONDE
Réduire l’impact environnemental des technologies d’information est une entreprise qui demande un changement de mentalité et de comportements, ainsi qu’une collaboration à grande échelle entre tous les acteurs et parties prenantes : Nations Unies, organisations gouvernementales et non-gouvernementales, entreprises, universités et individus. Cela implique en particulier d’avoir une approche systémique de la production/consommation d’énergie et du changement climatique. Il faut des incitations, des normes, des dispositifs de contrôle, bien sûr ! Par exemple systématiser l’arrêt automatique des disques non-utilisés (spin-down). Mais il faut aussi continuer à investir dans la recherche et faire preuve d’innovation et d’imagination pour que l’apport des technologies d’information et de communication au développement économique et social global ne soit pas freiné ou amoindri par des pratiques irresponsables.
La SNIA (Storage Networking Industry Association) participe activement à cet effort à travers son initiative Green Storage. Regroupant les principaux fournisseurs de systèmes et logiciels de stockage, elle a notamment pris part à la récente conférence des Nations unies sur l’impact des infrastructures IT sur le changement climatique. A cette occasion, son président Vincent Franceschini, déclarait : « Les utilisateurs ont un appétit insatiable en matière d’accès universel à l’information. C’est une formidable opportunité pour nous tous industriels, mais en tant qu’acteurs majeurs d’une industrie vitale pour l’économie mondiale, nous devons travailler ensemble pour réduire le coût et l’impact environnemental des data centers ».
UNE PRIORITÉ POUR LES DSI DES ENTREPRISES EUROPÉENNES
Selon une étude de Vanson Bourne pour l’éditeur de logiciels BEA Systems, 27% des directions informatiques ont déjà mis en place des programmes de « Green IT ». 32% supplémentaires devraient passer à l'acte d'ici 12 mois. Les DSI travaillent d’une part sur la réduction des déchets et l'optimisation du recyclage, et d’autre part sur les économies d'énergie. En recourant à du matériel plus performant sur le plan énergétique et à des outils de virtualisation pour maximiser l'utilisation des machines, un data center vétuste peut arriver à diviser sa consommation électrique par 6 ! Au-delà des serveurs, les PC et leurs écrans représentent en moyenne 39% de la facture électrique du SI des entreprises. Par ailleurs, 34% des entreprises mesurent déjà leur empreinte carbone et 22% projettent de le faire rapidement. Les pays les plus conscients de ces enjeux environnementaux sont la Belgique (73%), suivie par la France et l'Italie (65%).
– Sources : BEA Sustainable IT Survey 2008, Vanson Bourne, mars 2008. (Enquête réalisée en janvier 2008 auprès de 480 entreprises de 12 pays européens)
